lundi 22 juin 2015

Solidarité et surenchère

Avec l'avènement du mois du Ramadan, tout tourne autour du sucre. En effet, une certaine tradition bien établie dans notre société, veut qu'à l'entame du mois béni du Ramadan, l'on procède à une distribution du sucre utilisé pour accompagner le jeûne du Ramadan aux parents, amis, connaissances et voisins. Déroger à la règle pourrait être assimilé à de l'avarice, voire à une entorse aux bonnes manières. Aussi, actuellement, ce sont des tonnes et des tonnes de sucre qui sont acheminées ici et là d'un point à l'autre de la ville de Niamey, voire vers l'intérieur du pays. Services, personnalités, responsables politiques, personnes nanties, et moins nanties, chacun est tenu de distribuer l'incontournable cadeau de sucre.
Au regard de cette situation marquée par une très forte demande sur le marché, le sucre et bien d'autres denrées font l'objet d'une vaste spéculation entretenue par des commerçants véreux. Car, l'occasion faisant le larron, les cupides commerçants y trouvent là une bonne opportunité pour faire grimper les prix. La tactique consiste à créer, à dessein, une pénurie des produits les plus prisés pendant cette période, notamment les céréales, le sucre, l'huile alimentaire, et autres produits de grande consommation, puis d'en augmenter les prix. Conséquence, le panier de la ménagère se rétrécit, et les fidèles jeûneurs sont obligés de s'adonner à certaines acrobaties pour joindre les deux bouts.

En dépit des dispositions prises par l'Etat, généralement de concert avec ces mêmes commerçants, en vue d'atténuer la boulimie de ces derniers, rien n'y fait. Passant outre les décisions prises par les autorités et les appels à la retenue des oulémas, les spéculateurs sans foi ni loi n'en font qu'à leur tête. Sachant que la spéculation un acte fortement interdit par l'Islam, nos irréductibles ''chasseurs de riba'' déroulent leur triste jeu, tout musulmans et jeuneurs qu'ils soient. Et, aussi paradoxal que ça cela puisse paraitre, à l'appel du muezzin, ces derniers sont les premiers à envahir les mosquées pour se placer au premier rang des fidèles.
Le plus dangereux avec ce jeu de surenchère, c'est de constater qu'en général, au Niger, quand les prix montent, même de façon circonstancielle, c'est pour ne plus redescendre. En effet, à chaque fois qu'on assiste à une hausse de prix à la suite d'une situation de pénurie des produits, lorsque l'on revient à la normale, cette hausse demeure intacte et pour toujours. Du moins jusqu'à la prochaine pénurie qui entrainera une autre hausse. Ce qui fait dire aux observateurs attentifs qu'au Niger, quand les prix grimpent, ils ne redescendent jamais. Nous aurions voulu croire que le mois béni du Ramadan sera exempté d'un tel comportement assimilé à un grave péché. Hélas, ce n'est pas le cas...

Assane Soumana

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