jeudi 13 juin 2013

Rôle de la presse dans le cadre de la gestion et du règlement des conflits entre les jeunes



Lundi 10 juin 2013. La salle de spectacle du CCFN (Centre Culturel Franco-Nigérien) de Zinder accueille la quatrième conférence que ce centre, en collaboration avec UNICEF Niger, organise dans le cadre de la mise en œuvre de l’étude menée par UNICEF sur la violence dans les fadas et palais de jeunes de la ville de Zinder. Cette fois, c’est monsieur Hassanou Malam Sani, coordonnateur régional de Alternative Espace Citoyen, qui a animé cette conférence dont le thème est “ Rôle de la presse dans le cadre de la gestion et du règlement des conflits entre les jeunes. ”
“ La question de la violence en milieu jeunes, notamment celle qui prévaut dans les palais et les fadas à Zinder est une question de société. Au delà de Zinder, cette question de violence constitue une préoccupation internationale. C’est pour cela qu’elle suscite l’intérêt des médias ”. C’est par cette présentation générale que le conférencier a tenu à introduire son sujet.
Pour entrer dans le vif du sujet, monsieur Hassanou a tout d’abord présenté les sept axes principaux qui constituent l’ossature de son intervention. Ce sont :
1-    contexte et cadrage de la question.
2-    définition des concepts.
3-    rôle et responsabilité des médias.
4-    médias et paysage politique au Niger.
5-    interaction médias et groupes cibles.
6-    attitude des médias face aux conflits.
7-    contribution des médias dans la résolution des conflits.
Dans le cadrage, le conférencier a situé le problème de la violence dans les milieux jeunes. Celle-ci est urbaine. Elle touche la frange de la jeunesse dont l’âge varie entre douze et trente ans. Les enfants issus des milieux les plus défavorisés et vulnérables sont les plus concernés par la question.                                                 , Après cette présentation, il a fait une genèse des différentes démarches qu’il a suivies pour aborder le sujet et qui reposent sur des observations tirées des réalités du terrain local.
Le cadrage une fois établi, le conférencier, qui a ensuite abordé le point relatif aux définitions, a expliqué simplement ce qu’est un média. “ C’est une institution ou un moyen large de diffusion de messages ”. Les médias utilisent plusieurs supports pour atteindre leur objectif qui n’est autre que le public : message écrit ; radiodiffusion ; télédiffusion ; projection cinématographique ; internet.
Ce fut ensuite la question essentielle des devoirs du journaliste, cet acteur qui est au cœur de l’activité des médias, qui sera abordée. “ Ces devoirs, dira le coordonnateur, sont directement tirés des dispositions constitutionnelles et de la charte du journaliste dans son préambule qui stipule : “ le droit à l’information, à la libre expression et à la critique est une des libertés fondamentales de tout être humain ; il est une composante de la démocratie au Niger ”. Pour compléter cela, il a évoqué l’article 3 relatif au droit du journaliste “ la liberté d’opinion du journaliste s’exerce dans le respect du droit du public à l’information. Dans tous les cas, l’exactitude des faits rapportés ou commentés ne doit jamais être dénaturée par ses opinions personnelles ”.
Maintenant, quelles informations le journaliste peut-il porter à la connaissance du public ? Là dessus, deux grandes tendances se dégagent. “ La première école prône que rien ne doit empêcher au journaliste de dire la vérité telle quelle. Les raisons évoquées qui expliquent cette prise de position sont que le journaliste n’est pas responsable des troubles qui surviennent. Mais ce sont plutôt les fauteurs de troubles qui en sont directement responsables ”.
“ Pour ce qui est de la seconde école, poursuivra-t-il, elle défend que le journaliste ne doit pas divulguer des informations sensibles qui peuvent troubler l’ordre et la quiétude sociale. La raison de cette prise de position est que toute action de l’homme ne doit pas porter entorse à l’ordre public ”.
Des exemples pertinents ont été cités à cet effet. L’affaire du détournement des fonds destinés aux sinistrés d ‘Agadez en 2010 a défrayé la chronique. Un montant équivalent à 6 millions de francs collecté par les populations de Zinder pour venir en aide à leurs frères de la commune d’Agadez victimes des inondations avait été mis à disposition du gouverneur de la région de Zinder Ce dernier, cependant, contre toute attente, avait viré les 6 millions dans un compte particulier considéré par l’opinion publique comme douteux. N’était la vigilance de la presse qui a révélé toute l’affaire, ces fonds ne seraient certainement jamais parvenus à leurs légitimes destinataires.
Un autre cas, tout récent, est celui du recrutement des agents à la SORAZ. Qu’est-ce qui s’était passé ? Au lieu de faire des recrutements de personnel dans la région où est installée la SORAZ, dont, selon les textes, les populations locales sont prioritaires dans le cadre précis du recrutement, les autorités s’étaient employées à faire venir des Amis-Parents-et-Connaissance de Niamey pour les embaucher. Même les camions qui étaient disponibles à Diffa, n’étaient pas loués et c’était de Niamey qu’on louait ces camions. La divulgation de ces informations a certes amené des troubles, mais cela a permis de régler la question en lui trouvant une solution convenable pour toutes les parties concernées notamment les autochtones qui sont rentrés dans leurs droits.
Mais, “ quels sont les rôles et les responsabilités des médias ? ” demandera le conférencier.
Les médias ont plusieurs rôles à assurer : informer ; sensibiliser ; distraire ; assurer la socialisation ; être une tribune d’expression etc.
Les médias doivent éviter les actions dites négatives. Ce sont entre autres : faire l’apologie de la violence. Le cas de la Radio des mille collines au Rwanda a été évoqué. Cette radio en effet a contribué à entretenir un climat de haine raciale qui a été à la base du génocide Rwandais où plus de 2 millions de personnes ont été tuées. La presse doit éviter la stigmatisation de groupes, de personnes etc et bannir la création de sentiment de frustration chez des groupes ou des individus.
À titre d’illustration, le conférencier a présenté quelques exemples fréquents de ces cas de stigmatisation qui sont faits notamment à l’encontre des jeunes de palais ou des kabous kabous ou taxi motos qui sont indexés très souvent à tort.
Parmi les actions négatives que les médias doivent éviter, on citera aussi l’influence que les populations peuvent avoir sur eux, qui conduit le plus souvent à se détourner du côté objectif de la profession.
En parlant des médias et du paysage politique, le conférencier a tenu à rappeler la situation des médias de l’état d’exception à celui de l’avènement de la démocratie qui a permis aux hommes politiques qui trouvaient que les médias d’État ne faisaient que la propagande du pouvoir en place, de créer leurs propres organes de presse (radios, journaux, télés).
Concernant la classification des médias, monsieur Assanou a cité plusieurs catégories de médias : “ les médias pro pouvoir, qui sont alignés sur les lignes éditoriales de l’État ; les médias pro opposition qui soutiennent l’opposition politique ; les médias engagés qui luttent pour l’émergence de la vérité et du traitement équitable de l’information ; et les médias entreprise qui ont vocation d’entreprise et qui cherchent vaille que vaille à générer des bénéfices, et qui font du profit leur cheval de bataille plutôt que de privilégier l’objectivité ”.
Et ces médias, dans la plupart des cas, ont tendance à prendre position en fonction de leurs lieux d’exercice. Par exemple, lors de la gouvernance de l’AFC, ou lors de la cohabitation, les objectifs n’ont pas été les mêmes selon les régions dans lesquelles opèrent les médias. Car l’engagement des populations oblige souvent les médias, surtout les médias entreprise à prendre position en préférant caresser dans le sens du poil les populations au lieu de les contrarier.
Quel est le rôle des médias face aux conflits ?
“ Les médias ont souvent une complicité active ou passive face aux manifestations. Cela occasionne la censure. Surtout chez la presse publique qui tronque l’information. Quant aux médias engagés, ils traitent l’information par rapport à leur engagement. Les médias entreprises ont tendance à pencher du côté de leurs intérêts. Pour gagner plus elles font de la pub à outrance pour avoir plus de consommateurs et gagner plus d’argent. Ils ont tendance à prêcher dans la recherche du sensationnel.  Puisque leur but n’est pas vraiment d’accompagner mais de tirer le plus de profit. Ce genre de média est prêt à jeter de l’huile sur le feu en parlant le langage que les gens veulent entendre ”.
Et le danger que peuvent constituer les médias dans l’exercice de leurs fonctions se rencontre plus souvent du côté des médias entreprises qui se retrouvent dans la mauvaise situation où ils ne jouent plus les rôles traditionnels qu’ils sont censés jouer. Au lieu qu’ils informent les populations, ce sont plutôt les populations qui les informent, ce qui inverse les rôles. L’angle de traitement de l’information est dans de telles conditions complètement perdu.
Le travail du journaliste, dans le cadre de son activité de travailleur de média, est d’être dans des carcans dont l’un d’entre eux est que le journaliste soit obligé de s’aligner sur la ligne éditoriale de son employeur, ce qui a un impact sur son propre jugement et sa propre opinion. Certains journalistes essaient de garder leur liberté au risque de perdre leur emploi même souvent. D’autres préfèrent s’aligner, ce qui n’est pas sans conséquence sur l’objectivité du traitement de l’information qu’ils livrent au public.
Quelle peut être la contribution des médias à la gestion et à la résolution des conflits ? Sur la question, le conférencier estime que “ les médias doivent s’acquitter de la mission traditionnelle qui est la leur : sensibiliser les jeunes en leur apprenant les bonnes pratiques. Sensibiliser les décideurs pour qu’ils appuient les jeunes. Donner la parole aux jeunes, étant donné que le manque de communication reste un gros problème. Créer des émissions de plaidoyer en faveur des jeunes durant lesquelles on ne va pas fustiger les comportements des jeunes mais plutôt prendre en compte leurs problèmes ”.
En conclusion, le conférencier n’as pas manqué de souligner que “ dans la région de Zinder les médias évoluent dans un cadre très politisé. L’orientation des médias est lié à la mentalité des populations cibles ce qui constitue un sérieux problème dans le traitement équitable et équilibré de l’information ”.
Les débats qui se sont poursuivis après l’exposé du conférencier ont été constructifs. Les intervenants ont tenu à parler du traitement de l’information qui fait que la presse au Niger a tendance à être une presse à sensation, et qu’elle préfère d’avantage parler de choses négatives. Un intervenant, en homme du métier, et professionnel de média, qui se trouve être le directeur de la radio Alternative a expliqué les raisons d’une telle tendance. “  Une étude que nous avons eu à mener, a-t-il expliqué, a laissé voir que lorsqu’on pose un lot de journaux, les lecteurs à qui on laisse liberté de choisir le journal qui leur plaît ont tendance à éviter les journaux de développement et choisissent dans le tas de journaux dont le titre est à sensation ”. “ Cela, continuera-t-il avec un peu de regret, est caractéristique chez le nigérien. Il veut du sensationnel. Pourquoi ? Là est toute la question ”. l’intervenant s’est beaucoup appesanti sur l’aspect de l’étique et de la déontologie qui, a-t-il insisté là dessus, “  sont la base même du journalisme. Le journaliste doit savoir faire un bon traitement des informations qu’il a collectées. Il doit se mettre à l’esprit que toute information malveillante qu’il livre au public se ligue tôt ou tard contre lui parce qu’il est aussi un élément de sa société. Et la recherche du sensationnel et du scoop tue le journalisme ”.
Bello Marka et Bachir Djibo



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