lundi 2 novembre 2015

Paris Climat 2015 - COP21 : Optimisme prudent

La planète entière a salué avec un optimisme prudent, le grand bond en avant fait, le vendredi 23 octobre à Bonn, en Allemagne avec l'approbation par 195 pays d'un texte de négociation qui doit déboucher sur un accord mondial et ambitieux pour contenir le réchauffement climatique. Cette grande avancée est intervenue à quelques semaines de la conférence mondiale sur le climat de Paris (COP21), qui doit se tenir du 30 novembre au 11 décembre prochain.
Le texte d'une cinquantaine de pages, qui a été adopté à l'issue d'une harassante semaine de discussions, n'est pas parfait loin s'en faut, pour certains délégués. «Cette mouture ne reflétait pas les vues des pays en développement et nous avons perdu un jour à les réintroduire », a déploré Amjad Abdulla, le représentant des petites îles, mettant en garde contre la mise à l'écart de certains pays.
Et pourtant, les négociateurs avaient pour mandat de produire un texte concis, présentant clairement les options à trancher à Paris. Faute d'avoir réellement progressé lors des trois précédentes sessions de pourparlers organisées cette année, ils ont finalement été contraints de reprendre lors de ce dernier round de négociations une mouture qui avait été amputée de propositions clés.
rechaufement-1« Esprit de compromis »
La négociatrice française, Laurence Tubiana, a appelé les pays à changer de méthode et à arriver à Paris avec «un esprit de compromis». «Nous n'avons pas réellement négocié cette semaine, nous avons clarifié les options, mais nous ne pourrons pas répéter ça la prochaine fois, vous devez être prêts à négocier à Paris dès le premier jour. Le texte n'est pas exactement ce que j'avais espéré pour le début de la conférence de Paris.» déclare-t-elle. « Si nous voulons transformer ce texte en accord juridique, nous devrons travailler différemment à Paris », a également affirmé le délégué du Pérou lors de la clôture des discussions.
La conférence sur le climat doit s'ouvrir le 30 novembre en présence des chefs d'Etat, invités à venir donner une « impulsion politique » aux discussions. Les négociateurs se pencheront ensuite sur le texte, avant de passer la main aux ministres la dernière semaine. L'inquiétante trajectoire vers un réchauffement de 3°C à 5°C pointée par le dernier rapport du GIEC pousse la communauté internationale à s'engager davantage dans la lutte contre le réchauffement climatique. Pour ce faire, la communauté internationale doit faciliter la recherche d'un consensus. L'adoption à l'unanimité d'un accord juridiquement contraignant est nécessaire pour atteindre l'objectif de limiter la hausse de la température terrestre moyenne de 2°C.

Comment peut-on arriver à cet objectif ?
La COP21 sera le rendez-vous de la crédibilité ou ne sera pas. Il s'agira à Paris comme l'a répété Nicolas Hulot, envoyé spécial du Président Hollande pour la protection de la planète, de régler les conditions d'existence de millions de personnes. C'est-à-dire de répondre à un cri de détresse de ceux qui subissent les conséquences du changement climatique. « Les victimes de ce dérèglement ne l'ont pas provoqué, ils subissent injustement, les conséquences d'un modèle économique, dont ils n'ont profité guère ». L'essentiel donc à Paris sera de formuler des engagements contraignants. Les États seront-ils contraints dans leur objectif ? Avec quel instrument juridique ? Cet accord est la dernière chance pour les acteurs politiques de maintenir l'objectif climatique de limitation à 2°c degrés de hausse des températures d'ici 2100.

Faudra-t-il attendre que les catastrophes naturelles se multiplient pour que le monde surmonte son appétence pour les énergies carbonées ? Faudra-t-il attendre une augmentation de 4°C pour comprendre que des réductions d'émissions de gaz à effet de serre (GES) sont nécessaires ?
Selon le GIEC, la température peut s'élever jusqu'à 4,8°C d'ici 2100. Il reste une seule solution, diminuer les émissions des GES de l'ordre de 40 à 70% pour 2050 et jusqu'à 0% pour 2100. Face à de telles ambitions, il est impératif de repenser le modèle social. Réfléchir à un nouveau modèle de consommation, de vie au quotidien. Le réchauffement climatique affectera de manière différente les pays, les personnes ayant le moins contribué à ce dérèglement en subiront les plus lourdes conséquences. Pour Maesela Keakana, négociateur au sein du groupe Afrique : « Nous sommes à un moment critique ». photo-famiPlus on attendra, plus la lutte contre le changement climatique sera difficile. Les Etats ont les cartes en main. C'est la planète qui est en jeu.
C'est consciente de ces enjeux que la France entière s'est mobilisée. Aujourd'hui à l'écoute de tous les pays et de toutes les parties prenantes, la France œuvre en faveur d'un accord pour tous. Elle travaille en étroite coopération avec l'actuelle présidence péruvienne de la 20ème conférence des parties. Selon des personnalités que nous avons rencontré lors de notre séjour à Paris, toute la diplomatie française est mobilisée, il n'ya aucune audience, aucun échange entre un officiel français sans aborder les enjeux de la Cop 21.
En s'appuyant sur quatre volets majeurs entre autres, un accord juridique universel et applicable à tous ; des engagements nationaux portant notamment sur la maîtrise et la réduction des émissions ; un volet financier qui garantira la solidarité internationale envers les pays les plus vulnérables ; un « Agenda des solutions », qui vise notamment à mettre en œuvre les accélérateurs qui permettront, au-delà des objectifs contraignants, de garantir des progrès plus ambitieux ; la France s'attache à promouvoir dans la négociation multilatérale une « Alliance de Paris pour le climat ».

L'équipe de France de la COP21
"Ce qui est en jeu, ce n'est pas seulement la qualité de la vie, c'est la vie des populations, des territoires, des biosystèmes", a rappelé le Président Hollande. Il y a "une chance sérieuse que nous puissions réussir, il y a un risque majeur que nous échouions". L'enjeu clé, c'est le financement des politiques climatiques : un pré-accord doit être trouvé sur ce sujet à Lima, pour réunir 100 milliards de dollars par an à compter de 2020. Il "faudra que chacun des pays puisse confirmer ses engagements et en ajouter d'autres".
Le Gouvernement français dans son ensemble est mobilisé. Sous l'autorité du Président Hollande et du Premier ministre Manuel Valls, le ministre des Affaires étrangères et du Développement International, Laurent Fabius assume la responsabilité globale de la négociation multilatérale, en assurant la présidence de la COP 21. Pour lui, Paris sera l'aboutissement du programme des Nations-Unies et de négociations qui durent depuis plus de 20 ans.
Ségolène Royale, la ministre de l'écologie, du Développement Durable et de l'Energie, en tant que ministre chargée du climat, s'est vue confiée le siège de la France dans les instances de discussion européennes et onusiennes. Elle a pour rôle de peaufiner la contribution de la France à la construction d'une position européenne ambitieuse.
La mobilisation de la société civile s'appuiera sur les initiatives proposées par la ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie. Tous les autres ministres suivront les secteurs relevant de leur compétence, notamment le ministre des finances et des comptes publics s'agissant des questions de financement.
Nicolas Hulot, envoyé spécial du Président de la République pour la protection de la planète assure le rôle d'éclaireur au titre de la COP 21. «Mon rôle à moi, confie-t-il, est d'alerter, de mobiliser sur l'urgence d'agir, en France comme à l'international. Je suis un passeur qui tente de créer les conditions d'un dialogue apaisé et documenté. Je rencontre les représentants des pays qui ont du mal à se faire entendre, les grands responsables religieux ou les intellectuels, pour les convaincre de s'impliquer. Je tente aussi de déminer ce qui pourrait bloquer, notamment la question des moyens financiers. Si l'on se met d'accord, en décembre, sur des objectifs très ambitieux, mais si les Etats ne s'en donnent pas les moyens réels, cela ne servira à rien. Or nous promettons aux pays pauvres, pour les aider à engager leur transition énergétique, de l'argent que nous n'avons pas. Il faut donc réfléchir à de nouveaux modes de financement pour rétablir la confiance entre pays du Nord et pays du Sud. Cela passe notamment, selon moi, par une taxe sur les transactions financières et la taxe carbone. Surtout quand, par ailleurs, 650 milliards de dollars de défiscalisations sont consentis chaque année au profit des énergies fossiles. Une partie de cet argent doit impérativement basculer vers la transition énergétique ».
Sous l'autorité du ministre des Affaires Etrangères et du Développement International et de la ministre Ségolène Royal, une équipe interministérielle chargée de la négociation et de l'Agenda des solutions, a été constituée. Sa direction a été confiée à Laurence Tubiana, ambassadrice chargée des négociations sur le changement climatique, représentante spéciale pour la conférence Paris Climat 2015.
L'organisation matérielle et logistique de la conférence a été confiée à Pierre-Henri Guignard, qui coordonne également les équipes en charge de la communication et de la société civile.
Le Gouvernement souhaite que la société civile dans son ensemble participe à ce défi historique. Des rencontres sont régulièrement organisées afin d'associer au maximum dans ce processus les bonnes volontés et de recueillir les bonnes idées. Un rapport sur le rôle des collectivités territoriales dans la lutte contre le changement climatique a été rédigé par Ronan Dantec, sénateur de Loire-Atlantique, et Michel Delebarre, sénateur du Nord. Ces collectivités sont au cœur du dispositif car elles concentrent une grande partie des investissements nécessaires à la réussite de la transition énergétique. "Sans le travail des collectivités locales, impossible de lutter contre le dérèglement climatique", rappelle Ségolène Royal.
La conférence se tiendra au Bourget. Plus de quarante mille personnes y sont attendues. L'Etat et les collectivités locales concernées sont mobilisés pour mettre en place un site pour la conférence présentant des garanties absolues de sécurité, qui soit convivial, facile d'accès et respectueux des règles de développement durable. A proximité immédiate de l'espace de négociation réservé aux délégués des Etats parties et aux observateurs accrédités, est prévu un espace pour la société civile, incluant notamment les organisations non gouvernementales et les entreprises.

Les grandes étapes vers un accord à Paris en 2015
La communauté internationale s'est accordée sur les premiers éléments du texte de l'accord dès décembre 2014, lors de la conférence de Lima COP20.
Les États invités à soumettre leurs engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui seront intégrés dans l'accord dès le premier trimestre 2015 l'ont fait à plus de 80% actuellement. Ces engagements prévisionnels seront contenus dans des projets de contribution déterminée au niveau national (Intended Nationally Determined Contributions – INDC). Ils devraient ensuite être soumis à une période de consultation afin de déterminer si les engagements agrégés permettront de tenir l'objectif d'une limitation de l'augmentation moyenne de la température mondiale en-dessous de 2°C par rapport aux niveaux pré-industriels.
L'accord devra garantir que tous les pays sont soumis aux mêmes règles afin qu'ils puissent vérifier mutuellement qu'ils entreprennent des efforts pour réduire leurs émissions et avoir des assurances sur la bonne mise en œuvre des engagements prévus dans les contributions. Ces règles de mesure, de rapportage et de vérification (MRV) constitueront le cœur de l'accord de 2015 et devraient donc être contenues dans la partie juridiquement contraignante du "paquet de Paris".
L'ensemble des travaux d'élaboration du futur accord qui devra être adopté lors de la conférence de Paris sont menés au sein du groupe de travail de la plateforme de Durban pour une action renforcée (ADP). Les co-présidents de ce groupe de travail jouent un rôle clef pour la réussite du processus, en lien étroit avec le Secrétariat de la CCNUCC et le pays qui assume la présidence de la conférence. Ils cherchent à tenir compte des vues de toutes les parties qui sont placées sur un pied d'égalité. Alors que seuls 28 pays avaient été associés aux ultimes négociations de l'accord de Copenhague, les 196 parties à l'accord de Paris devront avoir le sentiment de l'avoir co-écrit afin de pouvoir se l'approprier.
Enfin, la France a choisi de placer cette conférence sous le signe de l'exemplarité environnementale, et mettra en œuvre un programme d'actions permettant de réduire au maximum l'impact de l'évènement sur le plan des consommations de ressources naturelles (eau, déchets, énergies) et des émissions de gaz à effet de serre.
Comme on le voit à quelques semaines du grand rendez vous planétaire de Paris, une petite bataille a été gagnée, il ne reste plus à la communauté internationale que de réussir le pari de Paris 2015.

Mahamane Hadi Mahamane, envoyé spécial(onep)
www.lesahel.org

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